APPEL À CONTRIBUTIONS POUR LE COLLOQUE
Organisé par : Le Centre de Recherche et d’Expertise en Sciences Sociales (CRESS) de l’Université Officielle d’Uvira (UOU)
Date du colloque : 16 novembre 2026
Lieu : Uvira, Sud-Kivu, RDC
📌 Thème principal :
« Faire de la recherche sur/sous les fusils : vécus des chercheur.e.s en contexte de violences cumulées au Kivu (RDC). »
1. Argumentaire
La question de comment produire de la connaissance, assurer les enseignements et servir la communauté en temps de conflits armés devient pendante. Les chercheur.e.s sont confrontés à des défis d’ordres méthodologiques, heuristiques, épistémologiques, politiques (Fontaine et al., 2015 Sabrina, 2019), émotionnels, sociaux, économiques et éthiques (Ansoms et al., 2022; Renault, 2018). Les politistes, les internationalistes, les historiens, les anthropologues, les sociologues, les philosophes, les économistes, etc. ont mené et mènent encore des réflexions sur la production des savoirs dans leur aire géographiquement située (Sabrina, 2019). Les chercheur.e.s africains et africanistes appellent à la « désobéissance épistémique » (Mbonda, 2019). Ils/elles revendiquent la reconnaissance de l’interculturalité et de la multiplicité des points de vue des savoirs situés, leur « insertion dans les débats épistémologiques » (Bonnecase & Brachet, 2021) et leur visibilité, la fin de leur déshumanisation dans l’entrepreneuriat scientifique (Bisimwa, 2025, Ansoms et al., 2022).
De nos jours, les sociétés contemporaines subissent de mutations profondes. La mondialisation et les nouvelles conjonctures ont métamorphosé les terrains (Ayimpam, Chelpi-den Hamer & Boujou, 2014) : les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC), l’Intelligence Artificielle (IA), les conflits armés et l’usage des drones, les crises politiques, économiques, environnementales et humanitaires impactent les pratiques de terrain. Comme l’a souligné Melonotte Sabrina (2019), ces dernières années, on observe un intérêt croissant des études sur les violences au sein des sociétés contemporaines. Cependant, ces études véhiculent l’image des situations de crise et de guerre.
En République démocratique du Congo, ces situations deviennent cancérogènes et reconfigurent les rapports qu’entretiennent les chercheur.e.s avec leurs terrains, leurs objets et leurs enquêtés. Leurs terrains devenus glissants ne constituent pas uniquement un espace de cueillette des données, une cuisine ou un gisement d’informations mais aussi et surtout, ils sont l’objet de réflexion épistémologique, éthique et méthodologique. Comme l’a noté Bosco Muchukiwa, la technique de production des connaissances par l’implication du chercheur affecté par le conflit à haut risque constitue une pratique émergente transfrontalière et nécessite des analyses pointues (Muchukiwa, 2018). De plus, la perception des risques liés à un terrain dépend largement de la compréhension fine de ce qui est en jeu dans l’expérience que vit le chercheur dans la situation d’enquête (Ayimpam, Chelpi-den Hamer & Boujou, 2014).
Si hier, le terrain de recherche n’était pas perçu comme un sport dangereux, il ne l’est plus aujourd’hui. Il est appréhendé comme une arène sensible, minée, violente remplit des choses étonnantes et chocs culturels, des polémiques et controverses (Bisimwa, 2025) en sciences sociales et humaines. L’insécurité et l’incertitude contraignent les chercheur.e.s ayant une connaissance approfondie sur leur zone de recherche. L’accès sur le terrain devient alors un espace à la fois matériel et symbolique (Sabrina, 2019).
Dans ce contexte, faire de la recherche comme métier sur un tel terrain demande, d’une part, la vigilance, l’ingéniosité sociale et le bricolage méthodologique et d’autre part, l’observance des paramètres de sécurité physique et psychique pour les chercheur.e.s. Ces derniers se trouvent « Entre le marteau et l’enclume » (Ansoms et al., 2022) et naviguent entre les zones occupées par les rebelles et celles sous l’autorité de l’État.
Dans cet espace liminal, les chercheur.e.s négocient avec les acteurs étatiques et non étatiques, parfois armés. Ils/elles étudient les violences tout en les subissant aussi (Bisimwa, 2025; Ansoms et al., 2022). Ici, la violence varie en fonction du contexte et recouvre plusieurs situations, à savoir politiques, criminelles, domestiques et qui relèvent du droit commun et du droit pénal (Sabrina, 2019). La violence est toute contrainte de nature physique ou psychique occasionnant la terreur, le malheur, le déplacement, la souffrance ou la mort d’un être animé (Héritier, 2005).
Le Kivu reste une zone fertile aux conflits armés et à l’activisme des groupes armés. Les chercheur.e.s sont diversement affectés par les violences armées à répétitions. Le récent conflit armé qui oppose le gouvernement congolais à la coalition de l’AFC/M-23 soutenu par le Rwanda a des effets pervers sur la vie intime des chercheur.e.s mais aussi sur celle de leurs proches.
Certain.e.s chercheur.e.s ont fui et abandonné leur domicile afin d’éviter les représailles et les dégâts collatéraux de la violence armée. Ils/elles ont changé de statut devenant ainsi des chercheur.e.s déplacé.e.s internes et réfugié.e.s, migrant.e.s ou encore « mains coupées » c’est-à-dire chômeurs. Ils/elles sont ghettoïsés dans les sites des déplacés et dans les camps des réfugiés. Leur condition de vie reste critique et leur mobilité largement limitée. Ils/elles ont perdu leur emploi et leurs biens de subsistance. D’autres ont subi et subissent encore de violences multiformes. D’autres encore ont décidé de résister et n’ont pas fui. Ils/elles sont restés dans les zones occupées et poursuivent leur métier d’enseignant-chercheur. Sous les canons des fusils, ils vivent d’une part, l’ingérence rebelle dans le secteur de l’enseignement supérieur et universitaire et l’administration parallèle et d’autre part, les sanctions gouvernementales. Dans ce cas, le métier d’enseignant-chercheur est pimenté. La précarité sociale et économique aiguë s’est généralisée chez les chercheur.e.s et étudiant.e.s.
Une telle situation touche aussi les universités, les instituts supérieurs et les centres de recherche. Ces espaces ont fermé avant d’être interpellés à rouvrir leurs portes par les rebelles dans un climat d’anxiété. Dans la ville d’Uvira par exemple, le calendrier académique, le budget des établissements et le fonctionnement institutionnel ont été handicapés. Les cérémonies de collations des grades académiques ont eu lieu avec un grand retard et les effectifs d’étudiants n’ont fait que baisser.
Enfin, les universités et les industries de production des savoirs et les chercheur.e.s sont affectés par le récent conflit armé. Les expériences des chercheur.e.s évoluant dans cette zone congolaise fracturée et la manière dont les acteurs ont résisté, ne sont pas connues du grand public. Les conditions dans lesquelles les Universités et Centres de recherche produisent les savoirs dans ce contexte des violences cumulées sont moins documentées et largement invisibilisées.
2. Objectifs du colloque
- Donner la parole aux chercheur.e.s des universités et centres de recherche localement ancrés sur le terrain dit « proche ».
- Montrer que ces chercheur.e.s et ces universités locaux ne sont pas des victimes passives, mais qu’ils/elles développent des stratégies d’adaptation, de survie ou de résilience jusqu’ici peu documentées.
- Réunir les différents actes de colloque autour d’un projet commun des blogs et de publication d’un ouvrage collectif.
- Fondé sur une posture réflexivement décoloniale, rendre largement visible les récits de vie et les expériences des chercheur.e.s, des universités et centres (laboratoires) de recherche travaillant dans des zones sensibles du Nord et du Sud-Kivu et ses périphéries.
3. Sous-thématiques
- Axe 1 : Recherche et conflits violents : enjeux éthiques et épistémologiquesAnalyse des liens entre les chercheur.e.s et leurs objets d’études, leurs positionnements et les défis quotidiens (accès, négociation et sortie du terrain). Accent sur l’influence de l’identité du chercheur (distance, proximité, extériorité) et sur les polémiques/controverses des sciences sociales en contexte de violence.
- Axe 2 : Production de connaissances en contexte de déplacement forcé par la guerreModalités de maintien des liens avec le terrain pour les chercheur.e.s déplacé.e.s, réfugié.e.s et migrant.e.s (collecte, diffusion, bricolage méthodologique, barrières visibles/invisibles). Analyse des conditions de vie en zone sous occupation et du cadre juridique de protection des chercheur.e.s en RDC.
- Axe 3 : Résilience des universités, centres de recherche et ONG en contexte de conflits armésMécanismes de survie et d’adaptation des institutions d’enseignement et de recherche touchées par le récent conflit AFC/M-23 vs Gouvernement. Conditions de travail, réadaptation des calendriers, pressions des acteurs, suivi des étudiants, collations des grades, etc.
- Axe 4 : Financements de la recherche au sein des universités, centres de recherche et ONG humanitairesDéfis de la mobilisation de fonds en temps de guerre pour le monde académique et humanitaire (ONG du Nord et du Sud-Kivu). Impact des coupures budgétaires, précarité des chercheurs du monde humanitaire et croisement des regards universitaires/société civile.
4. Modalités de soumission
- Langue : Français.
- Méthodes acceptées : Quantitatives, qualitatives et mixtes.
- Public cible : Chercheur.e.s seniors et juniors, doctorants, post-doctorants, masterants, chercheurs indépendants et agents humanitaires.
- Format initial : Résumé de 500 mots + Titre de la communication.
- Date limite de soumission des résumés : 25 octobre 2026
- Adresses d’envoi :
[email protected]avec copie à[email protected] - Notification aux contributeurs : 4 novembre 2026 (publication des résumés retenus sur le site https://cress-research.org/)
- Communication du programme : 14 novembre 2026
- Tenue du colloque : 16 novembre 2026 à Uvira
- Envoi du texte final (Article complet) : 6 000 mots avant le 15 janvier 2027
Contact d’information :
Dr Florentin Mutula (CRESS, Directeur Adjoint chargé de la recherche et revue)
WhatsApp : +243 997 424 056
5. Comité scientifique
- Dr Ahadi Kabagora (Professeur associé à l’UNILU et Chercheur au CRESS)
- Dr M’Muunga Assumani François (Professeur Associé UEA & ISAM de Bukavu, Chercheur au CRESS)
- Dr Cadeau Rushigira (Professeur associé UEA & ISC d’Uvira, Chercheur au CRESS)
- Dr Mutula Bulenga Florentin (Professeur associé à l’ISP d’Uvira, Chercheur au CRESS)
- Dr Bisimwa B Kalambi (Professeur associé et Directeur du CRESS)
- Dr Musalizi Muharabu Roger Lafleur (Professeur et Recteur de l’UOU)
- Dr Mulimbwa N’Sibula Théophile (Professeur associé et SG Académique de l’UOU)
- Doctorant Pacifique Bilolwa (Chef de Travaux à l’UNILU et Chercheur au CRESS)
- Doctorant Maungano Kihyoka Maki (Enseignant à l’ISTM d’Uvira et Chercheur au CRESS)
- Doctorant Malipo Kabiona Yves (Enseignant à l’ISP d’Uvira et Chercheur au CRESS)
- Doctorant Shukuru Shemitalo (Enseignant ISP d’Uvira et Chercheur au CRESS)
- Doctorant Toyi Mirefu (Enseignant à l’UOU et Chercheur au CRESS)
- Doctorant David Karama (Enseignant à l’ISP d’Uvira et Chercheur au CRESS)
6. Secrétariat du colloque
- MSc Mulangaliro Mushuka Jeff (Enseignant à l’ISDR de Bukavu et Chercheur au CRESS)
- MSc Kadetwa Kayanga Esther (Enseignante à l’ISDR de Bukavu et Chercheure au CRESS)
- MSc René Bashende Bweyo (Chef de Travaux à l’ISDR d’Uvira et Chercheur au CRESS)
- MSc Annie Tabisha (Assistante à la recherche au CRESS)
- MSc Baudouin Kasongo (Assistant à la recherche au CRESS)
- MSc Bisimwa Ngulire Gilbert (Assistant à la recherche au CRESS)
- MSc Alliance Fatima (Assistante à la recherche au CRESS)
- MSc Pascal Deplick (Assistant à la recherche au CRESS)
- Basimise Kanyegere Pierre (Assistant à la recherche au CRESS)
- Seth Katenzi (Assistant à la recherche au CRESS)
7. Références bibliographiques principales
- Ansoms A. et al. (2022), « Se brûler sur le terrain de la production des savoirs : défis émotionnels des chercheurs du Sud », Conjonctures de l’Afrique centrale, n°98, Paris, L’Harmattan, pp.34-63.
- Ayimpam S., Chelpi-den Hamer M. & Boujou J. (2014), « Défis éthiques et les risques pratiques du terrain en situation de développement ou d’urgence humanitaire », Anthropologie et développement, n°40-41.
- Bisimwa B.K. (2025), « Sur un terrain insécurisé. Les défis d’une endo-ethnographie des ex-combattant.e.s Mayi-Mayi (Sud-Kivu, RDC) », Du Terrain (près de) chez soi. Épistémologies du proche en anthropologie, Louvain-la-Neuve, Academia, pp.73-95.
- Bonnecase V. & Brachet J. (2021), « Introduction : Afrique et engagement scientifique : sur le mouvement des lignes », Politique africaine, n°161-162, Paris, Karthala.
- Héritier F. (2005), « Réflexions pour nourrir la réflexion », De la violence, Tome 1, Paris, Odile Jacob.
- Mbonda E.-M. (2019), « La décolonisation des savoirs est-elle possible en philosophie ? », Routes, détours et relecture postcoloniale de la philosophie, Vol.46, n°2, pp.299-325.
- Muchukiwa R. B. (2018), La recherche action participative sur les conflits : spécificités méthodologiques, théoriques et épistémologiques, Bukavu, ISDR de Bukavu.
- Sabrina M. (2019), « Les sciences sociales à l’épreuve des violences contemporaines », Cahier des UMIFRE, n°6, pp.25-26.
Fait à Uvira, le 26/09/2026
Pour la Direction du CRESS
Dr Bisimwa Bulangalire Kalambi (Directeur)